Plus d’un entrepreneur francophone sur trois accorde trop d’importance à l’avantage fiscal

Actualité - publiée le 07/09/2026

Vanessa Vloeberghs Infobulle de l'image : Vanessa Vloeberghs Fournisseur dispotifs médicaux Affiliée depuis 2013

Économiser des impôts, ce n’est pas la même chose que gagner de l’argent. Pourtant, une étude menée par Xerius et l’UHasselt auprès de 190 entrepreneurs francophones en Belgique montre que 33 % d’entre eux sont fortement sensibles à l’effet tunnel fiscal. Autrement dit, l’avantage fiscal pèse parfois tellement lourd dans la décision que le coût total passe au second plan.

Un constat d’autant plus frappant que les entrepreneurs francophones ont plutôt confiance dans leurs connaissances fiscales. 71 % s’attribuent au moins une note moyenne en la matière. Un sur cinq, soit 21 %, estime même avoir de bonnes connaissances fiscales.

Ces connaissances ne les protègent pourtant pas automatiquement contre l’effet tunnel fiscal. Les chercheurs constatent en effet très peu de lien avec le niveau d’études, une formation en économie ou encore le niveau de connaissances fiscales que les entrepreneurs s’attribuent eux-mêmes. 

Les entrepreneurs estiment généralement avoir de bonnes connaissances fiscales, mais se révèlent pourtant étonnamment sensibles à l’effet tunnel fiscal. Résultat : certains entrepreneurs finissent par s’appauvrir en voulant économiser des impôts.

Prof. dr. Maarten Corten UHasselt

Encore vite quelques frais à faire ?

Dans le cadre de l’étude, plusieurs conseils fiscaux souvent entendus ont été soumis aux entrepreneurs francophones. Par exemple : remplacer sa voiture de société afin de pouvoir à nouveau déduire des amortissements, ou encore engager des dépenses supplémentaires avant la fin d’un bon exercice comptable.

33 % des répondants ont évalué ce type de conseils très positivement et présentent donc une forte sensibilité à l’effet tunnel fiscal. 65 % affichent une sensibilité moyenne. Seuls 2 % y sont peu ou pas sensibles.

Le raisonnement qui sous-tend ces choix semble logique à première vue : une dépense déductible réduit vos impôts. Mais cet avantage fiscal ne dit encore rien sur la pertinence financière de votre décision. Comme nous l’avons déjà souligné : économiser des impôts, ce n’est pas la même chose que gagner de l’argent.

Dépenser 1 000 euros pour économiser 250 euros

Un exemple permet de bien comprendre la différence. Imaginons que votre entreprise effectue une dépense de 1 000 euros, entièrement déductible. Avec un taux d’imposition de 25 %, cette dépense permet d’économiser 250 euros d’impôts.
 

Vous avez toutefois bel et bien dépensé 1 000 euros. Au bout du compte, il vous reste donc 750 euros de moins. 
 

De nombreux entrepreneurs savent qu’une dépense est fiscalement déductible, mais semblent parfois perdre de vue que la déduction ne compense qu’une partie de son coût

Wim Daems Chercheur doctorant à l’UHasselt

Cela ne signifie évidemment pas qu’il vaut mieux ne plus rien acheter ou ne plus investir. Une nouvelle machine peut vous permettre de travailler plus efficacement. Un logiciel peut vous faire gagner du temps. Un investissement peut générer de nouveaux revenus ou réduire vos coûts futurs.
La question essentielle est donc la suivante : cette dépense crée-t-elle suffisamment de valeur pour mon entreprise pour justifier son coût réel ? Cette réflexion occupe également une place centrale dans l’étude. 

Les connaissances fiscales ne suffisent pas à éviter ce réflexe

L’effet tunnel fiscal n’est d’ailleurs pas un phénomène propre aux entrepreneurs inexpérimentés. Les personnes ayant une formation économique ou estimant bien maîtriser la fiscalité peuvent elles aussi y être sensibles.

Les évolutions de la réglementation fiscale peuvent encore renforcer ce réflexe. Lorsqu’un avantage risque de disparaître, vous pouvez plus rapidement avoir le sentiment qu’il faut acheter, investir ou prendre une décision sans attendre afin de ne rien perdre.

C’est précisément dans ce genre de situation qu’il vaut la peine d’examiner l’ensemble du tableau : quel est le coût réel de la décision, quel est son impact sur votre trésorerie et qu’apporte-t-elle à votre entreprise aujourd’hui et à plus long terme ?

Posez une autre question à votre comptable que : « Est-ce déductible ? »

Votre comptable joue ici un rôle important. 90 % des entrepreneurs interrogés dans le cadre de l’étude font appel à un comptable externe.

N’hésitez donc pas à lui demander quelle part d’une dépense vous pouvez déduire fiscalement. Mais ajoutez-y immédiatement une deuxième question : « Compte tenu de mes chiffres et de mes projets, est-ce aussi un bon choix financier ? »

 

La fiscalité est un élément important de l’entrepreneuriat, mais elle ne constitue qu’une composante d’une décision financière plus large. Tenez également compte du coût réel, de la valeur ajoutée de l’investissement et de son impact sur votre trésorerie.

Youssef Deconinck Porte-parole Xerius

Xerius souligne dès lors l’importance d’une analyse financière globale et d’un échange avec votre comptable lorsque vous devez prendre des décisions importantes.

D’abord la valeur ajoutée, ensuite l’avantage fiscal

Vous disposez encore d’une certaine marge financière à l’approche de la fin de l’année ? Rien ne vous oblige à la dépenser à tout prix.

Un investissement dans votre entreprise peut peut-être s’avérer judicieux. Vous préférerez peut-être conserver davantage de liquidités. Ou un investissement dans votre avenir financier, comme une pension complémentaire, correspondra peut-être mieux à vos projets.

Quel que soit votre choix, partez de ce dont votre entreprise a besoin et de ce que la dépense vous rapporte réellement. L’avantage fiscal peut alors constituer un plus appréciable. Économiser des impôts reste toutefois différent de gagner de l’argent.